Pour faire le tour des souks il faut obligatoirement partir de la place jamaa el Fna et prendre, au choix, soit la rue des Potiers soit la rue des Epiciers. Selon la rue, vous rencontrerez tout de suite les premiers souks des vaisseliers, ou un petit marché de fines herbes et fruits confis qui côtoit quelques bancs de bouchers qui vendent des têtes de moutons et des tripes. Mais pénétrer dans la magie du quartier des souks se fait en traversant une grande porte blanche qui s'ouvre sur le souk Semmarine, dans la rue du même nom, où se trouvent les vendeurs de tissus.
Nous voici donc dans le sœur plus palpitant de la ville, pris dans un véritable fleuve de gens qui se pressent, s'arrêtent d'un coup, parlent, hurlent, gesticulent. Se perdre est très facile mais ce n'est jamais un problème. Ici vous trouverez vraiment tout ce que l'artisanat de Marrakech peut offrir aux touristes, mais aussi les marchandises et les objets pour la vie de tous les jours des habitants de la ville. Plus de 10 OOO artisans se sont divisés en 40 corporations et toutes les formes d'artisanat, ou presque, ont leur souk particulier : de celui des pelletiers à celui des teinturiers, des ferblantiers aux joailliers et fabricants de babouches.
Achetez après avoir pris tout votre temps, entre un thé à la menthe et un autre qui vous seront souvent offerts, ce qui signifiera certainement qu'il faudra discuter les prix, mais il s'agit là d'une habitude à respecter. En continuant sur la même rue on rejoint la Rahba Kedima, une petite place où se tenait autrefois un marché aux esclaves et céréales et où se trouve actuellement un marché de fruits et légumes. Dans les environs de la place se trouve le souk de la laine et celui des peaux de moutons. Dans la partie nord de la place, on reconnaîtra le souk des tapis, une véritable cascade de couleurs ; on l'appelle Zarbia, la vente aux enchères berbère. Se faufilant dans les petites rues, on pourra rejoindre le souk des joailliers et s'enfoncer dans la partie la plus ancienne de tout le quartier, les Kissaria, les couloirs.
Après quelques portes remarquables, on se retrouve dans un dédale de passages oblique, tous couverts de bois, où le soleil, filtrant à travers quelques ouvertures, crée de suggestives alternance de lumière et d'ombre. Le règne des pelletiers commence ici, des vendeurs de vestes et manteaux de toutes les formes, amassés les uns sur les autres, pendus au-dessus de vos têtes, presque à effleurer vos cheveux, vous contraignant souvent à baisser la tête. Dehors, de nouveau sur la rue du souk el-Kebir, d'autres pelletiers vous offrirons des ceintures, des chapeaux, des sacs grands et petits. Le tour peut continuer pour arriver au souk Cherratine.
A partir de là commencera le retour mais par d'autres souks qui tous vous porteront à la place jamaa el Fna. Non loin du souk Cherratine, une fois dépassé la mosquée Ibn Yusuf, prises les rues Baroudienne et Amesfah, et jeté un coup d'œil à la belle fontaine Chrob ou Chouf, c'est-à-dire « bois et regarde autour de toi », nous pourrons faire un détour jusqu'à la mosqués de Sidi bel Abbas, qui vécu à Marrakech durant le règne de Yaquoub al-Mansour pour enseigner dans la Médina et qui est l'un des sept saints patrons de la ville, patrons dont les tombes sont encore visibles aujourd'hui vénérées et disséminées dans la Médina historique : Sidi Yusuf qui prit la lèpre ; Cadi Ayad, magistrar à Grenade et à ceuta pour les Almoravides ; Sidi ben Slimane, qui se disait descendant de Mahomet ; Sidi Abd El-Aziz, savant célèbre ; Sidi el-Ghezouani, qui fut fait prisonnier et Sido Essoheyli, auteur de livres connus.
Continuant notre route, dans le souk Smata nous serons submergés par les babouches. Il y en a des milliers pendus partout, recouvrant les parois des petites boutiques très typiques. Brodées avec des fils d'or, recourbées, plus simples, les babouches sont pour beaucoup une attraction irrésistible. C'est un endroit des plus particuliers et amusant. Continuant, on entre dans la fantasmagorie du souk des teinturiers. Ici, les petites rues servent aussi à étendre les tissus ; d'un bout à l'autre des petites rues, sur des claies de bambous ou sur de longues travées de bois sont pendus au soleil les écheveaux rouges, jaune, verts, toujours de tons vivaces, de laines, de soie, qui finissent par composer un toit au-dessus de votre tête. Mais en plus des marchandises on peut voir travailler les artisans, tournant au-dessus des gros chaudrons pour préparer les bains avec les tons les plus variés, autrefois naturels et aujourd'hui chimiques. Une petite rue en pente conduit à la mosquée et à la fontaine Mouassain.
Prenant la rue du souk Attarine, allant vers la gauche, une fois quitter les teinturiers, on rejoint le souk des ferronniers et, face à celui-ci, celui des dinandiers. Le bruit des marteaux, petits et grands, est la première impression que l'on en reçoit. Les travaux en fer forgé sont de véritables merveilles dans lesquelles on retrouve de fortes influences de la culture espagnole grâce aux nombreux contacts des grandes dynasties des Almoravides puis des Almohades, des Saâdiens et des Mérinides, ensuite. Et du reste, à Marrakech, on peut voir quantité de fenêtres protégées et enrichies par des grilles en fer forgé à arabesques. Les dinandiers sont, eux aussi, capables de créer de grands plats en repoussé avec une habileté déconcertante, des cruches de laiton, des lampes aux formes les plus variées.
Le tour des souks est ainsi terminé, nous pourrons jeter un dernier regard aux nombreux porteurs pliés en deux sous des poids énormes qui demandent continuellement leur chemin. La place Jamaa el Fna et ses espaces ouverts nous attendent.