Palais El Badi

Joyau de la renaissance saâdienne, il ne reste aujourd'hui malheureusement que des ruines de ce grand palais. C'est l'infatigable Ahmed al-Mansour, le plus célèbre des sultans saâdiens, surnommé « le doré » à cause de ses richesses sans fin, qui le fit construire en voulant restituer à sa « ville rouge » son ancienne splendeur de capitale.

D'autre part, Marrakech, avant l'avènement des Saâdiens, avait traversé des années de grande crise et d'affrontements de tribus sous les Marinides ; ces derniers avaient même déplacé la capitale à Fès, laissant tomber Marrakech dans l'oubli. Le XVIe siècle, le siècle des Saâdiens, fut donc celui de la renaissance de la ville. Au centre de cette nouvelle et merveilleuse splendeur se trouve le palais el Badi que nous devons à Ahmed al-Mansour. Au lendemain de la victoire remportée sur les Portugais dans la « bataille des trois rois », à la fin de 1578, commença la construction qui devait durer 25 longue années, jusqu'à la mort du sultan, en 1603. On ne connaît pas le nom de l'architecte mais nous savons qu'à la cour du prince al-Mansour furent appelés des architectes, des ouvriers, des artistes et artisans de tout le Maghreb mais encore d'Italie, en particulier de Florence. Au cours de son voyage vers l'Allemagne et l'Italie de 1580-1581, l'écrivain Michel de Montaigne, écrivit dans son « journal de voyage en Italie » avoir vu prés de Pis des carriers tailler du marbre « pour un roi du Maroc ». Une curiosité : tout le marbre devait être payé d'un poids équivalent de sucre.

Nous pensons que dans le palais el Badi, surnommé « l'incomparable », devaient se trouver quantité de trésors : onyx, mosaïques, stucs et plafonds en bois précieux, or, céramiques, portes de toutes sortes, tout un inventaire de l'art arabe mitigé d'influences andalouses. Moulay Ismail fit une véritable razzia de tous ces trésors ; nombre d'entre eux furent envoyés à Meknès, la ville qu'il avait choisie comme capitale à la place de Marrakech, mais il semble qu'il n'existait alors aucune ville du Maghreb où ne soit fini quelque chose provenant du palais el Badi.

De toutes ces merveilles, ne reste aujourd'hui que quelques pans de murs extérieurs des pavillons sud-ouest et nord. Sur ces murs nichent des cigognes qui partent ponctuellement le 17 du mois de juillet. Depuis 1961, tout aussi ponctuellement, chaque année, au début de juin, se déroule le Festival des arts populaires, une manifestation de folklore, musique et danse dont la célébrité à dépassé les frontières du Maroc, devenant un rendez-vous immanquable pour le théâtre international.

Le palais était construit tout autour d'une grande cours rectangulaire ornée de belles vasques. Dans ce qui reste du pavillon nord, juste après l'entrée, nous pouvons apercevoir quelques céramiques. On peut accéder aussi à la terrasse d'où l'on jouit de l'une des plus belles vues sur la ville. Dans le pavillon sud-ouest est exposé un vieux mimbar, une de chaire en bois provenant de la Koutoubia.